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  • : Le blog de Frédérique Ramos, poète.
  • : Ce blog a pour objet de partager mon univers artistique: Poésie, Musique, Arts...
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  • Frédérique STERNBERG-RAMOS
  • J'écris de la poésie depuis que j'ai quinze ans: c'est une passion! J'aime chanter (choeurs et chant lyrique au Conservatoire). Je prends aussi plaisir à dessiner et peindre, à lire, à écouter de la musique.
J'aime beaucoup les animaux et tous ces magnifiques paysages que nous offre la nature partout dans le monde...
  • J'écris de la poésie depuis que j'ai quinze ans: c'est une passion! J'aime chanter (choeurs et chant lyrique au Conservatoire). Je prends aussi plaisir à dessiner et peindre, à lire, à écouter de la musique. J'aime beaucoup les animaux et tous ces magnifiques paysages que nous offre la nature partout dans le monde...

CONTES ET RECITS

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                           1

 

 

Il vint dans ma classe un beau jour,

    L'enfant blond

    L'enfant triste

J'ai vu baisser ses cils

Devant les regards forts

J'ai vu son air perdu

Sa peur d'âme fragile

Craignant l'ombre et la mort

 

    Et mon coeur s'est ému...

 

 

                     2

 

Aujourd'hui les mots glissent

Sur les feuilles des cahiers

Et ses yeux sont moins tristes.

On dirait qu'il a rapporté

         De la nuit

Des rêves doux couleur de vie

 

 

C'est aujourd'hui qu'il m'a souri...

 

                     3

 

Les jours passent...

Je le vois dans la cour,

Seul, marchant à pas lourds

(Comment fait-il, lui qui est si léger

Avec son corps si fin d'arlequin constellé?)

Marchant comme un homme qui pnse

Portant son fardeau de souffrance...

 

Pourquoi personne ne peut-il l'aborder?

Il est beau comme un ange aux yeux d'aubes voilées

Et pas un seul enfant ne reste à ses côtés.

 

                    4

 

Il s'appelle Lancelot!

Tous ont ri de ce mot

Ce nom de chevalier que nul ne connaît plus

Quel étrange cadeau de bizarres parents

Condamner au sarcasme un malheureux enfant!

C'est vrai, pourtant, qu'il a un air 

De noble, de vaillant, de courtois paladin

Un air de grand mystère, de signe du destin

Il est auréolé

D'un étonnant secret...

 

                    5

 

C'est la "récré"

Il a oublié sur sa table

Un carnet coloré

Discrètement, je suis allée le feuilleter

Pour mieux comprendre sa pensée

Mieux le comprendre, l'approcher.

 

J'y ai lu des merveilles

Des mots flambants, des phrases pures

Et des vers magnifiques

Qui ruisselaient comme des treilles

Baignées de pluie sous le soleil.

 

                    6

 

La sonnerie.

Il est venu un peu plus tôt

je vais vers lui, j'hésite

Il faut dire la vérité.

"Tu sais, ne sois pas contrarié

J'ai vu ton beau carnet

J'ai regardé, quelques pages, très vite

Ce que tu écris est très beau 

Tes mots sont denses et profonds

Ils m'ont touchée."

 

Un peu inquiète, je scrute son visage

Pourvu que je n'aie pas brisé

Le lien qui se créait

Ce fin pont de cristal

Menant à sa confiance.

 

                    7

 

Ses grands yeux ombré d'améthyste

Me scrutent jusqu'à l'âme

Je sens comme le jugement d'un kâ

Comme si devant Maât, je m'avançais d'un pas...

 

"Madame,

Je ne vous en veux pas

Merci d'avoir aimé

Merci de m'avoir dit la vérité

Mais surtout, n'en parlez à personne!"

 

 

Des bruits, des cris

La classe arrive

Un grand vent de passions, d'énergie

Au collège, au lycée, c'est la vie.

 

 

Il s'est un peu apprivoisé

Et je sens en moi le bonheur

D'une neuve complicité.

 

                      8

 

 

Un temps de neige.

Les enfants sont fièvreux, exaltés

Les flocons dansent dans leurs yeux scintillants

Ruée vers les fenêtres.

             -Fi du respect protocolaire-

On s'extasie, on rit, à peine on assourdit les cris.

Pourquoi réprimer la nature?

Pour une fois que le bonheur est à fleur de leur coeur!

Même le petit bonhomme esquisse un beau sourire

Comme un grand vent de blanc, de pur, de frais

Semble l'avoir enveloppé.

 

Minute précieuse

Instants d'amitié partagée

Dans l'émerveillement...

 

  

 

 

 

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                             9

 

 

Que s'est-il passé?

Nous venons juste d'entrer

Dans leur lieu favori, dans la bibliothèque.

Ils l'aiment, cet endroit clair

Où règnent les peuples de livres

Ils ont appris à déchiffrer

Chaque secret des étagères

Chacun d'eux s'est trouvé

Son coin privilégié

Où je les vois parfois se faufiler

Pour s'emparer de l'ouvrage convoité...

 

 

Que s'est-il donc passé?

A peine le temps de détourner le tête

Et voici Lancelot et Guillaume qui combattent

Et c'est un duel épique où chacun met sa force

Toute sa conviction de haine et de violence.

 

 

On les sépare péniblement

On maintient chaque preux loin de l'autre

Ecumant, haletant.

 

 

 

                        10

 

 

Ils vont parler, ils doivent s'expliquer.

On s'assied

On essaie de comprendre ce qu'il est arrivé

Lancelot se tait

Qui donc a commencé?

Qui donc a "mal parlé"?

Pourquoi ces mots aux sons grossiers

Qui ne veulent rien dire

Qui sont toujours les mêmes

Ces chapelets d'insultes

Ces mantras d'anathèmes?

 

 

Je parle doucement et tous sont attentifs

Il se crée dans la salle une atmosphère douce

La lumière qui filtre par les baies vitrées

Peu à peu vient nimber mon visage de paix.

Je les aime beaucoup ces têtes blondes, brunes

Ces petits coeurs d'enfants palpitants de soucis

Ces âmes qui s'éclosent à toute connaissance

Et que l'on accompagne, un peu, sur le chemin.

 

 

 

                          11

 

 

Les deux chevaliers gardent silence

Mutisme, honneur, effarement.

Passé l'action, ils ne savent plus guère

Le pourquoi du commencement du combat...

Leur petite frimousse a l'air las

Ils me font peine.

Mais aussi gronde en moi la colère intérieure

Devant l'absurdité, le néant des querelles.

 

 

Un jour, ils se feront très mal

Un jour, sans le vouloir, ils nous échapperont

Ils se tueront

Ces petits hommes entêtés gavés d'images de massacres

Dévoreurs de bagarres à la télévision

Ces petits hommes attendrisants

Qui ne mesurent pas encore la valeur de la vie

Qui gaspillent leur temps sans savoir

Qui déjà s'amusent à se faire souffrir.

 

 

Les combattants se taisent: pacte d'honneur.

Ce sont les autres qui expliquent

Eux qui sont les témoins, tout fiers

Tout enveloppés de mystère

Tout auréolés d'importance...

 

 

 

                                          12

 

 

 

" C'est Lancelot qui a eu tort

Il a repoussé le copain

Qui voulait s'asseoir près de lui"

Guillaume, car c'est lui, paraît-il, "le gentil"

A eu raison de s'énerver, de l'insulter, de l'attaquer.

Hélas, une seconde à peine

Et l'on s'étripe avec ardeur

Depuis toujours couve en nous la violence

Primitive, ancestrale, animale

Quelque chose de cruel, de dangereux

Et c'est ainsi...

 

 

Lancelot rumine une injustice

Etre seul, c'est son choix, pas un crime

Il ne veut pas des autres

Il veut rester muet

C'est ainsi...

 

 

Chacun choisit sa punition:

Copier ses poèmes préférés

D'une belle écriture calligraphiée

Ou bien écrire un joli conte

Sur un thème de leur invention.

 

 

                                      13

 

 

 Comme c'est étrange...

Je m'étais trompée.

 

 L'enfant fluet, fragile

Cache une violente énergie

Peut-être celle du mahleur

Qui décuple les forces normales

 

 Le solitaire dans sa tour d'ivoire

Défend son territoire!

En lui s'éveille le lutteur

Qui veut combattre avec ardeur

 

 Lancelot devient un guerrier

Qui ne redoute rien:

Gare à qui veut l'approcher

Gare à qui veut le défier!

Il n'est plus l'ange doux

Le calme séraphin

Mais celui que l'on craint.

 

 

Il m'inquiète...

Que va-t-il devenir?

Son esprit sans cesse virevolte

De la mélancolie à la révolte.

Comment cela va-t-il finir?

 

 

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                              14

 

 

Et pourtant l'amitié, c'est si beau, si précieux

Une perle de jour sur le manteau des nuits

Elle tient chaud, elle réjouit

Parfois elle dure toute une vie.

 

 

On a fini de lire le "Petit Prince"

De Saint-Exupéry,

Dans le regard de Lancelot,

J'ai aperçu une lueur de rêve

Oui, il a réagi...

L'histoire de la rose et celle du renard

L'ont rendu tout pensif.

 

 

Le jour de ce chapitre, il m'en souvient

La pluie cognait à petits coups sur les vitres glacées

Au-delà de la classe, on voyait un ciel gris

Blanchi de nuages pâlots

Languissant de mélancolie

Un ciel à vous donner le blues des vertes oasis

Des mers céruléennes

Des déserts de lumière...

Et les adolescents

Sentaient leur esprit fondre

Dans la monotonie.

Seul Lancelot avait comme un sourire de l'âme

Une sorte de petite fossette douce qui riait

Au creux de sa joue, malgré lui

Trahissant son bonheur intime

Sa complicité de Petit Prince perdu

Dans les contrées hostiles de la terre...

 

 

                                                 15

 

 

  - Dis-moi, Lancelot, ai-je demandé

Profitant de l'instant de grâce,

Que penses-tu de ce conte sur l'amitié?

Il m'a regardée un peu de biais

Et puis soudain:

- Le renard aurait mieux fait

De rester seul dans son terrier

Plutôt que de souffrir à chaque fois

Qu'il pensera à son ami

En contemplant les champs de blé.

 

  La petite Aurore intervient:

- Tu as tort. Moi, je veux un ami.

Peut-être un jour devrai-je pleurer

Mais avec lui, je vivrai des minutes précieuses

Je pourrai tout dire et tout partager.

Lancelot, tu sais, il ne faut pas que la peur

T'empêche de vivre les plus doux moments.

Il faut oser, risquer notre coeur

On ne peut pas rester à l'abri des courants d'air

Sous le paravent de la rose.

 

 

Ecarlate, Lancelot se retourne:

- Moi, je n'ai pas peur! Comment oses-tu?

Moi, je connais les choses.

Il n'y a rien de solide sur la terre

Tout peut partir, mourir

Fondre en une seconde, disparaître

Tu ne sais rien de la vie

C'est un miroir qui éclate en morceaux

Sans que tu puisses l'imaginer.

 


 

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                                                     16

 

 

Aurore observe Lancelot

Et Lancelot en fait de même.

Une profondeur de mots

Une richesse contrastée d'idées

Les a faits se regarder.

 

La pluie semble descendre

Comme un long cortège d'arpèges funéraires

Au puits profond de nos consciences.

Les douleurs flottent dans l'atmosphère...

Lancelot marche dans les couloirs

L'air absent

Pâle, avec son visage de fantôme triste

On dirait vraiment qu'il erre

Au milieu des cris de ses camarades

On dirait qu'une paroi de verre

Le sépare de la réalité.

Il me fait songer à Merlin l'Enchanteur

Prisonnier dans sa geôle d'air...

 

 

Quel peut bien être son secret

Son lourd fardeau, ce mal

Qui pèse d'un poids si fatal

Sur sa fragile silhouette d'enfant?

Personne ne connaît son histoire

Il règne un silence bien étrange

Un dossier vierge, un mystère

Des choses que l'on ne doit pas savoir?..

 

 

Il m'évoque un brouillard sans fond

Où tremblent des larmes de cristal pur

Qui roulent doucement

Sans le moindre bruit

Jusque dans le noir d'un abîme infini...

 

 

Comment l'aider, dans l'ignorance de sa peine?

Il semble être venu dans ce collège

Comme un passager clandestin...

Il est comme en transit, en sursis

Peut-être sera-t-il reparti demain?

 

 

                                                  17

 

 

C'est le dernier jour d'une semaine.

Lancelot médite quelque chose...

Je lui trouve un air bien étrange

Comme un mélange de doute

Et de grande détermination.

 

 

 

Dernière sonnerie

Derniers au-revoirs

Sur un ton joyeux de forçats délivrés

La troupe s'égaye

File vers la sortie, nuée de moineaux chahuteurs

Essaims de moinelles bavardes...

 

 

Tranquillement

Refermer les armoires

Bien effacer le tableau qui s'endort

Eteindre les lumières

Afin que tout sommeille avec sérénité

Dans le lycée soudain désert.

 

 

La classe rentre dans l'ombre

Et le silence

Toute imprégnée des derniers feux de connaissance

Et comme palpitante des mille murmures du savoir

Glissant en vibrations légères dans l'air...

 

 

On frappe.

Lancelot est revenu discrètement.

 

 

                                         18

 

 

"Madame, voici mon carnet secret

Il est terminé.

S'il vous plait, lisez-le

Et dites-moi ce que vous en pensez.

Mais personne d'autre ne doit l'ouvrir

Vous promettez?

Autre chose encore.

Il y a une question écrite à la dernière page

Vous devrez bien la lire et, s'il vous plait,

Me dire votre réponse.

Vous acceptez?

 

 

Je donne ma parole

Un peu surprise, bousculée.

Je ne m'attendais pas à ce geste subit

Qu'ai-je fait? Que veut-il? Je me suis engagée.

Je sens que sa demande est très désespérée.

J'espère que je comprendrai, que je saurai...

C'est fait: je me suis engagée.

 

 

Il sourit, soulagé, un peu embarrassé

Puis, rapide, il s'envole, il s'enfuit

Sur un "merci" furtif.

 

 

Je demeure immobile

Comme si j'avais reçu un cadeau de Noël

Qui ne m'était pas destiné.     

 

Image associée

 

    

19

 

 

J'ouvre le précieux cahier.

Il est écrit: "Carnet de Lancelot,

Le mal-aimé, l'enfant secret

Le sans-ami, le sans-parents, le sans-rien

Qui doit bâtir tout seul son dur destin."

 

 

Je lis les premières pages

Qui sont de merveilleux poèmes

Dont le désespoir me bouleverse...

 

 

J'ai peur devant cette souffrance

Comment vais-je faire?

Saurai-je lui venir en aide?

Il s'est ouvert à la confiance

Il m'a fait ce don

De petit garçon qui n'en pouvait plus

D'être malheureux

Je devine combien tout cela est dangereux

C'est sa vie qui est en péril.

 

 

J'ai bien senti

Qu'il était comme un funambule

Qui marche sur son fil, ayant perdu la foi

Prêt à tomber, au moindre geste

Au moindre bruit.

 

 

 

 

                 20

 

 

 

Carnet de Lancelot, page une.

 

 

 

" Une étoile s'est détachée du ciel.

Elle a un peu hésité

Plané, tourbillonné

Prenant entre ses bras fragiles

De petites lueurs d'or qu'elle berçait bien doucement

Elle a virevolté

Regardé l'univers craintivement

Seule, et trop malheureuse

Dans ce coin noir d'éther où on l'a suspendue

Elle veut se délivrer des nues.

Elle veut partir, tomber

Aller se reposer sur terre

Dans le silence d'un ultime éclat de lumière

Dans un champ désert

Un petit bout de prairie

Elle veut s'ensevelir sans bruit

Et là, dormir d'un sommeil éternel...

 

 

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              21

 

 

 

 

Carnet de Lancelot, page 2.

 

 

 

Dans la rose, il y a une image de cristal

Dans le cristal, il y a une image de rose

Et le visage de la femme qui regarde le cristal

Vient se graver au coeur pourpre de la rose

Comme une larme

Oubliée par la mort

 

 

La femme a commis un grand crime

Elle a des larmes de sang dans le coeur

Elle a le miroir du malheur

Qui dessine le bleu de ses yeux

C'est une femme triste qui a défendu son enfant

Et qui est partie sans rien dire

 

 

La femme gît dans la rose

Elle a fermé les pétales

Si fort, pour bien se protéger

Que le cristal en éclats s'est brisé

Et le parfum de la rose blessée

S'est lentement évaporé

Dans l'air pour s'y fondre à jamais.

 

Résultat de recherche d'images pour "rose triste"

 

 

 

 

               

                     A  SUIVRE....

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 

 

                                 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                 

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